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Edito général 

Ale(oie) jacta est

Plus virevoltante que jamais, nous retrouvons l’Oie, toujours d’humeur à verdir la prairie ; et désormais les palmes prêtes à chauffer la piste. Le dé dans l’aile et le tiercé dans le bec, elle promet à l’audience une forme olympique et un croc dans l’or. L’horizon en ligne de mire, elle s’élance, endossant son rôle d’intraitable marathonienne. Fidèle à elle-même, chaque enjambée signe une danse à travers les cases et dessine des lignes neuves. Jonglant entre les plateaux, son nom s’affiche au sommet de tous les tableaux. Jamais valette du roi car dame au grand cœur, l’anatidé qui dégainait les As plus vite que son ombre brise le carreau, et aiguise le pic pour déraciner le trèfle. Chevaleresse en puissance, elle assène à ses rivaux les heurts du galop lourd et bruyant qui soulève le sable, rabat les cartes et noie les stratèges. Pixel touché, écran coulé. L’adrénaline en intraveineuse, elle se plaît toujours à déjouer les pronostics. L’armoire à trophées revigorée et le palmarès sublimé, voilà que retentit le son de la cornemuse : les sirènes d’un nouveau voyage l’appellent à un vol inédit.

Son parchemin lui indique la voie de vastes étendues orangeâtres et argileuses, loin de son septentrion. Elle remue terre et sable jusqu’au confins du continent, pour aller sillonner les chemins rocailleux de l’exil et de la tentation. Si l’Oie attendait de son unique boussole qu’elle indiquât le Sud, le dépaysement toutefois la guette. Du haut des falaises grises d’une contrée inhospitalière, elle peine à relever le regard. Le vertige qui l’atteint sans sommation fait flotter dans l’air chaud un lourd soupçon d’incertitude, une hésitation au renoncement. Et pourtant. Désireuse de percer les secrets nichés au fond des crevasses rouges, l’Oie choisit la vérité crue, les histoires glaçantes et les plaies brûlantes. Elle ne pourra en rien les panser, mais elle ne cherche qu’à documenter. Une longue marche l’attend encore, seule, exposée au mal du pays. Derrière le voile des apparences se dissimule le tombeau des croyances, et avec lui un goût nouveau pour l’enquête. Mais avec manque de prudence, gare à la trahison des affects.

Car au-dessus de sa tête surgissent les nuages anthracites, et le tableau soudain s’assombrit. Elle vole à la hâte vers un refuge introuvable, perdue dans la brume noircie par l’orage, contingence redoutable et redoutée. L’Oie finit nez-à-nez avec l’amour calciné, arrosée d’une pluie de soufre dans le royaume des sentiments purgés. En ce sinistre univers, omerta et rancœur tue décorent les parois suintantes, escortant le défilé des âmes corrompues, éternel prologue à l’infini cortège des sympathies défuntes. Les yeux gorgés de rage, les plumes hérissées et dépourvue de maîtrise, l’Oie se sent dépassée et dominée, traversée par une émotion plus puissante qu’elle. Mais d’une assurance intimidante, elle balaye cette vision d’un puissant revers de l’aile. Elle préfère l’envie noire comme salutaire pulsion rédemptrice, ultime antagoniste de l’injustice et de la peur. Elle sait désormais à quoi elle peut sereinement s’adonner ; à condition de toujours discerner la cause du moyen, l’évitable du nécessaire. Il est pardonnable de ressasser les souvenirs et de s’abandonner à la philosophie : l’essentiel est de veiller à la droiture du gouvernail.

De retour de ces palpitantes expéditions, elle a scrupuleusement couvé ses mots, les gardant intacts pour son bien-aimé lectorat. Pour sa vingt-septième parade, l’Oie ne demande qu’à ce qu’on la suive. Les yeux scotchés au zénith, la cheffe d’orchestre de la Basse-cour a la valise pleine de péripéties à raconter, à qui voudra bien l’écouter. Elle l’assure : quiconque peut se fier à l’arrogante et éclatante blancheur de son duvet, adroitement épargné de la souillure, et ce malgré les mésaventures. L’encre encore chaude, elle attend déjà de pouvoir signer le prochain opus. 

Numéro 27

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