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Au-dessus des l(’Oie)s

 

C’est la caresse molle du vent qui fait osciller les branches. Filtrée par les aiguilles des pins, une lumière stroboscopique. Et surtout, l’odeur de térébenthine.

Une grosse tache blanche aux yeux mi-clos, son dos se gonfle lentement, au rythme de son souffle. L’Oie rêve.

Elle rêve qu’elle prend son temps, qu’elle avance à reculons sur le ruban élastique de l’Histoire. Les aiguilles qu’elle écrase lui piquent le ventre, elle remue un peu sur le sol sec et replonge sa tête sous son aile.

Son Jeu, à l’Oie, c’est de jouer avec le temps, avec l’espace. Paisible, inébranlable, elle contemple les gestes des Hommes et découpe leurs histoires avec ses ciseaux de Moïra, pour sublimer leur relief.

Détachement, du sujet, de l’auteur. L’Oie désencastre pour décortiquer, saisir l’essence (de térébenthine).

Mais pin trop n’en faut. Notre volatile réprouve l’hybris qui frappe ceux qui ne vivent que dans la seconde où bat leur cœur. Plus de l’Acropole que du Capitole, l’Oie sous les pins, c’est Némésis.

Mi-oie blanche, mi-bonne poire, belle hellène vous emmène sous son aile.

Pour saisir le tableau, il vaut mieux reculer.

 

Léonore Folgueral

Numéro 11

8,00 €Prix